Magali Milbergue

Magali Milbergue

Créatrice web, accompagnatrice, formatrice et inclusion advocate.

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Focus diversité et inclusion 2

Rendre ses évèments plus inclusifs : la question du défraiement

La diversité et l’inclusion sont deux sujets que j’ai choisis de porter depuis plusieurs années. Avec mes conférences, j’essaie d’ouvrir l’industrie de la tech à ces questions. Tous les mois, je fais un focus sur ce thème dans mon blog.

Et au sein de ce focus se construit une sous-série qui parle des évènements (tech ou pas) et de comment les rendre  inclusifs. L’objectif final étant de créer petit à petit une checklist de l’évènement inclusif.

Le contexte

La saison des conventions tech a repris, mon mois d’octobre est d’ailleurs quasiment complètement consacré à cette activité, entre la dernière semaine de septembre et la semaine du 10 novembre, je participe à six évènement et ait le privilège d’y animer un atelier, de participer à une table ronde et de présenter quatre conférences. Et ça, je ne pourrais pas le faire si tous ces évènements ne me défrayaient pas le logement et le transport pour la convention.

Quand j’ai commencé à faire des conférences, j’étais persuadée que tous les évènements défrayaient les conférencières et conférenciers. Ou plutôt, je pensais que le modèle c’était : soit il y a défraiement, et la conférence est faite bénévolement, soit la conférence est une prestation payée et il n’y a pas de défraiement. J’ai été très surprise de découvrir que beaucoup d’évènements ne défraient pas du tout les personnes bénévoles qui viennent faire des conférences. (Il y a même des conventions qui ne donnent pas de ticket d’entrée à la convention pour tous les jours à ses speakers, mais là je trouve qu’on est carrément dans un abus inacceptable.)

Au début je ne comprenais pas comment un tel modèle pouvait fonctionner. Je me demandais s’il y avait vraiment des gens qui, en plus d’accepter de dépenser un temps, une énergie et des compétences dans la création et la présentation d’une conférence, acceptaient de dépenser de l’argent pour payer l’hôtel et le transport pour pouvoir la faire. Et puis ça a fini par faire tilt. En fait, les gens trouvent du défraiement autre part… Leurs entreprises prennent ces frais en charge.

Oui, bon, j’aurais sûrement dû comprendre plus tôt mais j’ai même jamais réussi à ne pas avoir à prendre des jours de congés pour assister à une conférence quand j’étais salariée, l’idée qu’une entreprise puisse couvrir ce genre de frais ne me serait jamais venue à l’esprit. Quelque part, ça paraît tout à fait logique. Ces entreprises comprennent qu’avoir leurs salarié·es sur scène amènera une bonne image et du réseau. C’est vraiment intéressant pour les entreprises de soutenir ce genre de démarches. C’est d’ailleurs pour ça que beaucoup d’entre elles autorisent leurs employé·es à compter les conférences comme du temps de travail, ce qui est vraiment chouette.

Sauf que dans la Tech tout le monde n’est pas salarié·e d’une grosse boite qui a les moyens de faire ce genre de dépenses. Et qu’on sait que certaines entreprises vont avoir tendance à choisir qui elles acceptent de soutenir dans ce genre de démarches (et là, aucune surprise sur les profils qui sont privilégiés, c’est les mêmes que d’habitude). Et d’ailleurs, beaucoup de personnes éloignées du profil typique de tech (les Pierre comme je les appelle dans ma conférence du social à la tech – plaidoyer en faveur des profils atypiques) se retrouvent dans des postes moins prestigieux, plus précaires, un peu en marge. Typiquement, les femmes sont plus souvent à leur compte, et plus souvent à leur compte en direct face au client et pas sous-traitantes de grosses boites comme plein d’hommes freelance dans la tech (un jour on parlera du salariat déguisé dans la tech).

Donc quand un évènement ne défraie pas ses oratrices et orateurs… il se ferme à une grande partie de la diversité présente dans la tech. D’ailleurs, ça se vérifie, y a pas une conférence parmi celles ayant le plus de diversité dans leurs programmes qui ne défraient pas ses speakers. Ne pas défrayer, c’est faire le jeu de l’entre soi, et donc perdre une grande richesse de compétences, d’expériences et de points de vue.

La règle

Donc si on devait mettre une règle simple et concrète à suivre pour la question de l’inclusivité des speakers, je commencerais par ces points :

  • Défraiement du transport
  • Défraiement de l’hôtel

 

Ces deux points sont loin d’être suffisants pour promettre un évènement inclusif avec un panel de conférencières et conférenciers représentant la diversité de notre société, mais c’est une première base sans laquelle il est impossible de vraiment avoir une démarche inclusive.

Pour aller plus loin

Je tiens à préciser que beaucoup d’évènements qui ne défraient pas ne le font pas pour des questions de moyens. Oui, on trouve quelques petits évènements locaux dans le lot, et pour le coup je peux comprendre que ce soit impossible, mais on trouve aussi de gros évènements, gérés par des sociétés, qui font payer les places à des tarifs exorbitants et qui n’ont aucune raison de ne pas le faire quand plein de conventions avec moins de moyens le font.

Par ailleurs, pour moi il serait important que les évènements assouplissent aussi leurs règles de défraiement selon les besoins. Avec mon handicap, il y a des conventions où je ne postule pas parce que comme ils ne défraient que deux nuits pour deux jours (donc l’idée c’est de partir à la fin du dernier jour), les transports seraient trop longs et la fatigue trop forte pour que je puisse tenir. Je trouve qu’il faudrait que les évènements affichent le fait qu’il est possible de discuter des modalités selon les besoins, particulièrement quand ils font venir des personnes handicapées pour parler de handicap, ce qui m’est arrivé plusieurs fois cette année.

J’ai eu la bonne surprise qu’un évènement me propose de prendre en charge une nuit de plus quand je leur ai expliqué que c’était compliqué pour moi parce que ça voudrait dire que ma journée avec eux serait hyper raccourcie pour que j’ai le temps de rentrer, donc je ne dis pas que ça n’existe pas. Mais honnêtement, je ne demande que rarement ce qui est possible, parce que rien n’est dit à ce propos et qu’il est épuisant en tant que personne handicapée de toujours avoir à porter cette charge mentale.

 


 

(NB :  je vois souvent des gens dire qu’on fait les conférences pour l’argent… J’aimerais comprendre d’où ça vient ? En tant que freelance, entre le temps passé à préparer les conférences et le temps passé en convention, je perds de l’argent en fait. Le défraiement est le bienvenu, mais n’empêche pas que cette activité me coûte énormément. Et je ne parle pas de ce que ça me coûte en santé avec mon handicap, mais ça mériterait d’être souligné aussi.)

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